Mondes Perdus

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Il y a un siècle, au moment même où l’âge des explorations qui avait inauguré les Temps modernes touche à sa fin (le 16 décembre 1911 Amundsen plante son drapeau au Pôle Sud, dernier point resté en blanc sur le planisphère), Arthur Conan Doyle se détourne de l’univers de la modernité holmésienne pour nous plonger dans son Monde Perdu (The Lost World). Le titre était en soi l’acte de naissance officiel d’un genre qui l’avait toutefois précédé, annoncé notamment par le Voyage au centre de la Terre de Jules Verne (1864). Mais c’est véritablement au moment où «le temps du monde fini commence» (Paul Valéry) que les mondes perdus peuvent éclore, dernier espace du rêve d’un Ailleurs absolu, qui est aussi un Autrefois mythique.

Dans cette «Terre rincée de son exotisme» (Michaux), où «tout est submergé par ce nouveau déluge, le Progrès» (H. de Monfreid) et où «il n’est plus de mystère» (Saint-Exupéry), voici que d’autres mondes émergent où l’horizontalité des espaces que l’on croyait clos ouvrent sur la verticalité du temps. Propulsées par l’engouement pour l’archéologie et les découvertes de la paléontologie, les fictions des mondes perdus ouvrent sur tout un imaginaire post-darwinien qui confine à la fois à la cosmogonie et la tératologie. Depuis, ces Mondes Perdus et leurs fantastiques créatures antédiluviennes ne nous ont plus quitté, de Pellucidar au roman homonyme de Michael Crichton qui prolonge sa fiction «jurassique», en passant par les mangas (Cage of Eden), les comic books (de Turok ou Rahan au cycle de Skartaris dans le DC Universe, qui a aussi sa propre Dinosaur Island), les jeux vidéos (la saga Ultima) ou les romans pour la jeunesse (la série Tunnels ou le cycle des Dinotopia), mais aussi les discours ésotériques, ufologiques ou créationnistes et, plus récemment, le sous-genre étonnant du «dinosaur porn».

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